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Harcèlement, l’égalité pour gagner le droit à la tranquillité !

 

Ce qui est frappant dans ce qu’il convient – aujourd’hui… – d’appeler “l’affaire Weinstein”, ce n’est pas tant l’incroyable (!) déferlement de témoignages sur le registre « #metoo » qui ne cesse plus de parcourir la planète 2.0 à la vitesse instantanée de l’internet, mais bien plutôt la place qu’occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans le phénomène salutaire de libération de la parole des femmes.

Car après tout, il suffit justement d’ÊTRE une femme pour savoir, presque par nature, que le harcèlement fait partie du statut même de la féminité. « Rien que le fait que tant d’hommes soient surpris par l’ampleur de #balancetonporc, ça illustre quelque chose. Je ne connais aucune femme qui soit surprise. Nous, on n’a pas le luxe d’ignorer ces violences, parce qu’elles sont notre quotidien », explique un tweet de Jeanne, @jeannemrv parmi des milliers d’autres…

On ne peut en revanche que se réjouir de l’impact médiatique de cette soudaine prise de parole. Oui, les réseaux sociaux jouent désormais un rôle essentiel dans notre quotidien. Et oui – s’il fallait encore le démontrer – les femmes se sont approprié ce média dans un monde, celui du numérique, où, comme partout ailleurs dès qu’il s’agit de modernité et de pouvoir, elles restent sous-représentées en tant que figures emblématiques[i] ou même dirigeantes. Pour autant, n’importe quel parent avisé sait qu’il convient de ne pas laisser son enfant circuler librement sur le web ou les réseaux sociaux tant il est y est facile d’être soudainement confronté à des images pornographiques où, par essence, la femme est – presque systématiquement – reléguée au seul statut d’objet, à l’image généralement dégradée. Sans même parler du nouveau “terrain de chasse” que constituent désormais ces mêmes réseaux sociaux pour certains prédateurs, les exemples ne manquent pas… Internet, on le savait, est capable du meilleur et du pire.

Si l’on peut admettre, comme tente de le démontrer dans son récent essai[ii] le psychologue Steven Pinker, que la violence a régressé au fil des siècles (mais celles faites aux femmes…?), il existe dans nos sociétés modernes une véritable culture du viol. Ou à tout le moins du non-consentement. En témoignent, dans la seule sphère cinématographique (encore !) et comme le démontre, avec ironie et justesse un billet[iii] du blogueur Aurélien Bompard, les innombrables situations mettant en scène le héros d’un film (de Indiana Jones à Han Solo en passant par l’inévitable James Bond) qui, d’abord, force les faveurs de sa partenaire puis – on croit rêver ! – en gagne l’amour… Et, comme le souligne le bloggueur, cet imaginaire masculin de la conquête de la femme fait quasiment partie de l’ADN des hommes ! Dès lors, comment s’étonner encore que tout homme de pouvoir – ce pouvoir dont Henry Kissinger disait qu’il est le plus puissant des aphrodisiaques… – use et abuse de sa domination ? On le voit bien à la lumière des révélations faites sur les réseaux, d’autres « affaires Weinstein » sont encore à venir. Et – c’est aussi l’un de ses enseignements – elles ne concernent pas toutes, chacune d’entre nous le sait bien, un magnat du cinéma, un responsable politique, un haut dirigeant du monde des médias. Chaque jour, partout, dans la sphère professionnelle autant que dans la rue, les transports ou même, trop souvent encore, au sein de sa propre cellule familiale, la femme en tant que dominée doit se garder de son prédateur culturel : l’homme, en tant que dominant. « On la siffle dans la rue, elle n’y fait plus attention. On l’insulte sur les trottoirs, depuis des voitures, des scooters, des vélos, elle n’y fait plus attention. Des types la reluquent dans le métro et lui adressent des propos orduriers, elle n’y fait plus attention. Son attention est ailleurs, en fait, puisqu’il s’agit de survivre en milieu urbain (…) Pour ma fille de 19 ans, “une bonne journée, c’est une journée où je n’ai pas eu peur” relate dans un tweet Marie Sauvion, @sauvionmarie. Ça ne se passe pas en Inde dans un bus ou en Égypte place Tahrir. Ça se passe à Paris, à Londres, à Berlin ou à New-York ! Et c’est encore un tweet parmi des milliers d’autres. Et c’est intolérable ! Ce n’est certes pas nouveau, au sens où l’entendrait peut-être Steven Pinker, mais ce n’est plus tolérable. La peur, la honte et l’isolement doivent aujourd’hui changer de camp.

Cependant, pour être pragmatique, soyons d’abord réalistes : lorsque le vacarme médiatique autour de « l’affaire Weinstein » – vacarme dont personne ne peut nier qu’il soit bénéfique à la cause des femmes – sera retombé, engendrant, en quelque sorte “par dommages collatéraux” quelques autres affaires plus ou moins “retentissantes” (au sens où elles mettront en cause quelques autres célébrités), que restera-t-il aux femmes pour gagner enfin la place qui leur revient : celle du droit à la tranquillité et à la justice de l’égalité ?

L’une des solutions pour faire véritablement avancer la cause des femmes passe forcément par l’accès à davantage de justice sociale, au sens littéral du terme social. Car quid, aujourd’hui, en France, de l’égalité femmes-hommes dans les salaires, à poste égal ? 23% en moyenne, en faveur des hommes bien sûr, selon l’Observatoire des inégalités… Quid , aujourd’hui, en France, de l’avancement des carrières, à diplôme ou qualification égale ? Quid de la proportion femmes / hommes dans les postes de hauts dirigeants d’entreprises ? Quid encore, aujourd’hui, en France, de la représentativité des femmes parmi les élus de la nation ? Même si elle progresse, la parité femmes / hommes parmi les élus reste un objectif lointain : 39 % de députés, 29% des sénateurs, et seulement 16% des maires et trois femmes présidentes sur les 13 Régions de France. Quant aux postes les plus éminents, seule une femme a été Premier Ministre en bientôt 60 ans de Ve République ! À ce rythme, souligne le site inégalités.fr, il faudra attendre les années 2030 pour que la parité soit réellement effective au Sénat et à l’Assemblée nationale…

S’armer de patience suffira-t-il à repousser les assauts de tous les Weinstein du quotidien ?

Oser c’est agir, agissons donc avec des lois pour faire évoluer la liberté des femmes.

[i] : Steve Jobs, Bill Gates, Marc Zuckerberg, Elon Musk… cherchez la femme icône !

[ii] : « La part d’ange en nous : histoire de la violence et de son déclin » – Ed. Les Arènes

[iii] : « Sept raisons pour lesquelles tant d’hommes ne comprennent pas le consentement sexuel… » – abompard.wordpress.com – Février 2017

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